Portrait #3

Portrait #3

Classé dans : Portraits | 0
Souriez, aimez, partagez!

« Je prendrais bien une paella… Tu en voudras? » demande-t-il.
« Je n’ai pas très faim … », répond elle avec une moue dubitative, « mais si tu veux manger une paella, prends la! »
« Bon je prends une demi portion » finit il par décider.
[Arrive la fameuse paella] « Tu la veux? » dis l’homme en pointant avec sa fourchette la crevette au milieu de son assiette
« Ah oui mais tu me l’épluches alors? »
« D’accord »

C’est un soir d’octobre, je suis assise à la terrasse du Sailor’s Bar lorsque j’entends des sonorités familières, des « R » beaucoup trop gutturaux pour être espagnols.


Le Sailor’s Bar c’est LE bar de la marina de Las Palmas de Gran Canaria. Celui où se retrouvent propriétaires de bateaux, skipper et wanna-be skipper (alias boat hitchiker / bateaux stoppeurs).
Nous sommes mi octobre et le port est plein de bateaux qui participent à la régate ARC. Celle ci réunit chaque années de nombreux voiliers qui se lancent à l’assaut de l’Atlantique fin novembre pour arriver quelques semaines plus tard à Sainte Lucie (Antilles).
Au milieu des bateaux-stoppeurs au style hippie ou discret, des hommes en costumes avec de jolis poupées au bras, des groupes d’amis… il y’a moi, et puis eux. Un couple d’une cinquantaine/soixantaine d’années dont la douce complicité saute aux yeux de qui prend le temps de l’observer.
Intriguée, je me retourne et les aborde poliment.

Elle c’est Florence, elle est française et prof.
Florence

Lui c’est Alessandro, il est italien et retraité.

Alessandro

Ils sont arrivés à Las Palmas en bateau il y’a 15 ans. Depuis leur bateau est toujours amarré au port et eux avec.

Ce bateau est donc devenu leur maison. Et le Sailor’s Bar leur repère.
Ils en sont des habitués, et ça Pepino le propriétaire ne peut qu’en témoigner; il y’a même un tableau peint par Alessandro accroché au mur.
Parce que oui, Alessandro a le coeur qui balance entre la houle et les coups de pinceaux.
Mais pour Florence son coeur n’a pas hésité.
Il était en train d’effectuer un tour du monde sur son bateau avec un ami italien quand il a rencontré cette jeune française de 25 ans qui faisait du bateau-stop dans les Caraïbes. Les deux amis l’ont alors embarqué dans leur aventure.
Une aventure qui continue toujours aujourd’hui pour Alessandro et elle.
Avec humour, ils me racontent les débuts mouvementés de leur cohabitation. Tous ces « cuisine faux-pas » qui font blêmir les italiens, elle les a faits.
Massacrer du parmesan, rater des pâtes (pour les standards italiens)…
Et c’est une candeur attachante qui transparait encore aujourd’hui quand elle me le raconte, entre deux fous rires, sous le regard rieur d’Alessandro.
La preuve suprême? Lui l’italien, lui achetait des packs de ketchup pour qu’elle en recouvre ses pates… (et vous savez ce que les italiens pensent du ketchup et des pâtes! ).

C’est-y pas beau?
« Maintenant elle ne le fait plus, elle sait reconnaitre les bonnes choses » me dit il. Ils sourient tous les deux.
Tout vient a point à qui sait attendre…
Eux sont arrivés à point dans cette journée; après une première rencontre déçevante, je m’apprêtais à repartir complètement désillusionnée du Sailor’s Bar qu’on m’avait pourtant bien vendu.
Et puis ils sont arrivés, illuminant par la même ma soirée (eh oui, carrément!).

Alors je suis revenue, et plusieurs mojitos et trop de tiramisu plus tard on a noué une vraie complicité.

Ces deux-là ont des centaines d’histoires à raconter, de la Polynésie aux Antilles en passant par la Méditerranée ils en ont vu du pays en vingt cinq ans!

Un soir qu’il me ramenait à mon auberge de jeunesse, par exemple, Alessandro m’a conté qu’il avait construit de ses mains le bateau sur lequel ils vivaient.

Orphelin  de père à un mois à cause de la guerre, il a appris à construire des bateaux auprès des ouvriers d’un chantier naval.
Chaque jour il allait les observer, ne demandant qu’à être instruit, à participer, sans contrepartie.

Ils ont finit par le prendre sous leurs ailes. Et lui a fini par maîtriser leur savoir faire.

C’est-y pas beau?

Maintenant il ne construit plus de bateaux… Juste des mini catamarans pour s’amuser.

En ce moment il est occupé par son dernier bébé, un petit catamaran qu’il construit avec des flotteurs récupérés ci et là.

Un petit jouet pour passer le temps, ni plus ni moins, dit-il.

Laissez un commentaire