Ushuaia : Autostop pour le bout du monde

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La Patagonie, c’est un territoire de plus d’un million de kilomètres carrés, dont la moitié est uniquement peuplés de guanacos (une espèce de lama), d’autruches, de moutons et en tout et pour tout de seulement 4 millions d’habitants bien humains. En comparaison, la France avec ses quelques 60 millions d’habitants répartis sur 640 mille petits kilomètres carrés, c’est un peu Walmart un Black Friday.


Black Friday
Source : youtube.com Matt Harris

 

La Patagonie, du nord au sud c’est donc environ 2500 kilomètres et à peu près 4 jours de route.

Mais pourquoi faire du stop en Patagonie? Il y’a plein de bus pour rejoindre la Terre de Feu voyons!

Oui mais voilà les bus (alias micro ou colectivo) ne passent pas toujours quand il faut…

Ainsi depuis Bahia Blanca (sud de la province de Buenos Aires) où je suis arrivée après douze heures de train, le prochain bus pour ma destination était prévu seulement dans… Douze heures.

Douze heures à Bahia Blanca où il n’y a pas grand choses à faire il faut dire, hé bien c’est très long.

En parallèle, il y’a énormément de camions qui empruntent la route n°3, celle qui longe la face atlantique de la Patagonie, pour aller livrer toutes sortes de victuailles dans le sud du pays. A l’opposé, côté ouest, la fameuse Ruta 40 longe la Cordillère des Andes en traversant l’Argentine du nord au sud au milieu de paysages grandioses.

D’un côté des heures d’attentes et de l’autre une assez grande facilité à trouver un véhicule, un soupçon d’aventure et beaucoup de rencontres en perspective.

Partons donc, direction Ushuaia, en levant le pouce!

train Bahia Blanca - Buenos Aires

 

8:30 un matin de décembre, je débarque à Bahia Blanca, au bout de la province de Buenos Aires. Le trajet a été un peu long et je me dis que quand même, la SNCF ce n’est vraiment pas si mal mine de rien.

Mes hôtes des prochains jours m’attendent à Puerto Madryn, environ 650km plus loin, au plus tard pour le lendemain matin. Challenge accepted!

A la gare ou je demande mon chemin, la bonne femme du guichet me regarde avec des grands yeux quand je lui parle de faire du stop. « Ah… »

Un petit peu démotivée (je n’ai vraiment pas envie de poireauter douze heures ici…), je commence à marcher en direction du terminal de micro.

En chemin je m’arrête pour me restaurer dans une station-service. Lorsque j’évoque l’autostop avec les caissières, celles-ci m’indiquent où aller, sans s’étouffer de peur, et me confirment que de nombreux voyageurs lèvent leur pouce dans la région.

Un couple d’argentin qui faisait la queue derrière moi me demande alors où je vais. Malheureusement, eux remontent vers Bs As. « On t’aurait emmené avec nous c’est dommage! »

Ils me laissent leur contact au cas où je repasse dans le nord et s’en vont en me souriant.

Mon moral reboosté par ces derniers échanges et mon estomac plein : c’est décidé, je tente le stop!

Avant tout il faut sortir de la ville : « C’est par ici, mais viens avec moi je te paye le bus » me dit une jeune femme que je croise.

J’insiste pour régler moi-même mon billet, mais il n’y a rien à faire, les argentins sont têtus.

La jeune femme et son compagnon m’accompagnent à l’arrêt du bus, me payent le trajet et me souhaitent bonne chance avec un large sourire.

Après tant de générosité, impossible d’échouer, je leur dois de réussir.

Alors je lève mon pouce et montre ma pancarte aux camionneurs et automobilistes.

Un premier camion s’arrête. Il ne va pas à Puerto Madryn mais peut me déposer à Rio Colarado.

C’est parti.

Caleta Olivia
Ruta n°3 près de Caleta Olivia

170KM plus loin, à Rio Colorado, ma quête reprend.

Après avoir essuyé plusieurs refus, je suis prise en charge par un deuxième camionneur.

« Normalement à cause des assurances, on n’a pas le droit de prendre des passagers. Pas même des membres de la famille ou des collègues » me dit-il.

On discute de tout et de rien, de ses enfants, de mes voyages. La route ici est assez monotone, la végétation est sèche et le paysage peu changeant.

« Il y’en a beaucoup qui n’aime pas cette route, ils la trouvent ennuyeuse » me dit mon chauffeur.

« Moi je ne m’ennuie jamais ici, je suis au calme, dans mon camion, avec ma musique ».

Il m’emmènera jusqu’à mon point de chute, à Puerto Madryn, ou Mariano et Zoé viennent me chercher.

Première expérience de stop concluante : environ 650 km en deux fois, et je suis arrivée dans les temps pour pouvoir piquer un gros somme avant de crapahuter avec les bébés éléphants de mer les jours suivants.

elephants de mer - puerto madryn

Après deux bonnes semaines à découvrir la côte de la région du Chubut, je me remets en route : direction Ushuaia, alias el fin del mundo selon les argentins, une arnaque incroyable selon les chiliens… Question de point de vue.

Je me suis fixée deux jours pour arriver. Un timing très short compte tenu de la distance à parcourir.

Pour tenir ces délais, il faut que je rejoigne Rio Gallegos dans la journée, mais il est déjà 11H30 lorsque je me mets en route et je doute de pouvoir faire les presque 800km comme je le souhaiterais.

Tania, une brésilienne que j’ai rencontrée et qui ne voyage qu’en auto stop, étant à Puerto San Julian (environ 400km) je décide de la rejoindre.

Mariano me dépose à Garayalde, un coin paumé ou à part la station-service, il n’y a pas grand-chose : idéal pour faire du stop dirons-nous! Premier objectif ; rejoindre Comodoro Rivadavia, une ville pétrolière bien plus grosse d’où j’aurais plus de chance de trouver un véhicule poursuivant sa route vers le sud.

En arrivant à la station, je vois une voiture quitter les lieux. « Peut-être qu’ils vont à Comodoro eux! ». Mariano tourne la tête pour voir la voiture en question puis s’esclaffe : « mais je les connais »!

Ni une ni deux, il enfonce la marche arrière et appuie frénétiquement sur son klaxon. La voiture s’arrête.

Les trois hommes se saluent en souriant. « J’ai une passagère qui va a Comodoro, vous pourriez l’emmener? »

Et voilà mes premiers chauffeurs de la journée : Rodolfo et Tucuman, dont les costumes fraichement repassés pendent à l’arrière du véhicule.

Arrivés à Comodoro ils me déposent à la station-service à l’entrée de la ville, et je commence à questionner les conducteurs qui y patientent.

Le premier camionneur que j’aborde me propose de m’emmener à l’autre station-service qui est à la sortie de la ville.

Arrivée là, je reçois les conseils d’un jeune pompiste hyper sympa : « tu verras dans 15 mn tu ne seras plus là ».

Je ne sais pas si j’ai vraiment attendu 15 mn, mais effectivement à la fin de la journée je n’étais plus là.

Un argentin ultra bavard, fan des chanteurs de blues afro-américains, et au look un peu hippie m’emmène jusqu’à Caleta Olivia.

Il me dépose à une intersection où des vendeurs ambulants proposent fruits et snacks aux conducteurs.

Pas d’abri bus, pas de station-service… Je suis un peu incertaine; il faut vraiment que je parte rapidement car le temps peu changer très vite en Patagonie et je ne veux pas attraper froid maintenant.

Encore une fois, la chance me sourit. Il n’y a qu’un seul camion stationné devant les petites échoppes.

Son chauffeur revient les mains chargées de churros au dulce de leche (autrement dit un stock de sucre pour six mois et de quoi boucher vos artères en cinq minutes).

Je m’approche de suite et lui demande s’il peut m’emmener à Puerto San Julian.

Il s’appelle Oscar, il va à Rio Gallegos livrer des fruits. Il accepte.

Bingo! C’est inespéré.

En route je lui explique que je cherche à rallier Ushuaia.

« Tu peux rester avec moi » me propose-t-il, « je t’emmène jusqu’à Rio Gallegos, ce n’est pas sûr que tu trouves vite un autre camion à Puerto San Julian ».

Je n’ai pas trop de doutes quant aux possibilités de trouver un autre camion, mais effectivement c’est plus simple, alors j’accepte.

J’envoie quelques messages à Tania pour la prévenir que je poursuis finalement ma route et qu’on se retrouvera sûrement à Rio Gallegos le lendemain.

700km de rien (la route numéro 3 est assez « ennuyante » sur cette portion) nous attendent. Go.

Oscar est d’humeur rieuse, il rigole tout le temps et aime bien découvrir les chansons françaises que j’ai sur mon mp3.

Il vient du nord de l’argentine, a deux enfants et fait ce trajet depuis des années. « Presque tous les fruits que tu trouveras à Ushuaia viennent de Mendoza où des alentours » me dit il. En effet, l’agriculture est très pauvre en Terre de feu et tout ou presque arrive par camion.

En chemin nous passons plusieurs maisonnettes rouges sur le chemin remplit de bouteilles, de nourriture, de fleurs et de bougies. Elles sont dressées en l’honneur du saint Gauchito Gil qui selon les croyances protègent les voyageurs et camionneurs.

Le trajet se passe sans encombre, et à 8:30 du matin j’arrive à Rio Gallegos où je fais mes adieux à mon aimable chauffeur.

700 km à plus moins 80 km/h c’est long… et je suis bien contente de descendre du camion pour aller me restaurer et faire un minimum de toilette à la station-service.

(A ce stade, mes standards de confort ne sont pas très élevés il faut avouer…)

Dans la station, je rencontre un couple d’autostoppeur français. Ils reviennent d’Ushuaia justement et cherche désormais à aller à El Calafate.

Je reçois des nouvelles de Tania, qui n’arrivera pas avant deux jours car elle fait des étapes entre deux trajets en stop, alors je décide de repartir directement pour la Terre de feu.

Une petite heure plus tard, nos pancartes sont prêtes, le couple et moi partons à l’assaut de la route, chacun dans une direction différente.

« C‘est dommage, me dit un camionneur à la sortie de la station, tous mes potes sont partis y’a même pas une demi-heure pour Ushuaia… moi je n’y vais pas, je rentre à Buenos Aires, mais je t’aurais emmené » m’explique-t-il, « mais bon ne t’inquiète pas tu vas trouver! ». Je le vois héler un chauffeur qui stationne au bout de la station et discuter avec lui, il revient vers moi « il va à Ushuaia mais pas maintenant il doit d’abord recharger, il ne partira pas avant au moins une heure… je repars maintenant, bonne chance! ».

Je me poste à la sortie de la station et lève ma pancarte. De temps en temps je jette un œil à mes compatriotes de l’autre côté de la route qui ont visiblement un peu de mal à trouver un véhicule.

45 mn plus tard, alors que je commençais un peu à fatiguer, un camionneur hoche la tête lorsque je lui montre mon petit panneau.

On le surnomme Mono, et en l’honneur de ce petit nom (singe) il a un singe en peluche accroché à son pare-brise. C’est un ancien, il connait tout le monde ici et ne cesse de klaxonner les autres camions sur la route.

Il adore la Cumbia et le trajet se fera donc musique à fond.

Mono c’est un peu un personnage. Il se bat contre une vilaine maladie, mais aujourd’hui ça va beaucoup mieux. Il me montre sa Bible, posée sur le devant de son camion. « Ca m’aide beaucoup » me dit-il. Je n’en doute pas.

Une partie de la route entre l’Argentine et le Chili n’est pas goudronnée et on doit ralentir significativement. J’observe les Guanacos au loin: qu’ils sont mignons!

« Baah je n’aime pas les guanacos moi » me confie Mono avec une moue de dégout.

« Mais pourquoi? »

 » Ils font n’importe quoi » me répond il « ils traversent la route à n’importe quel moment, ils sont dangereux. »

Ce n’est pas faux. Les guanacos sont sauvages et libres, et n’ont que faire des camions qui passent, au grand déplaisir de Mono. Moi ça me fait sourire : la grande majorité des argentins préféreraient voir les guanacos dans leur assiettes plutôt que dans leurs champs ou sur leur route.

Quatre passages de frontières plus tard (et là j’étais bien contente d’être avec Mono, qui fait deux trois sourires aux douaniers en montrant ses papiers et repars bien plus vite que les voitures qui font la queue pour se faire contrôler) on arrive en Terre de feu Argentine.

terre de feu

Le passage du détroit de Magellan a été magnifique : une quinzaine de minutes de pure extase à regarder les dauphins de Commerson (toninas) et les manchots de Magellan nager à proximité du bateau.

Ushuaia se rapproche lentement mais sûrement et le paysage commence à changer.

« Tu vas voir il y’a une magnifique forêt ici » me dit Mono.

Après des kilomètres de pampa aride voici donc enfin de la verdure et des arbres!

On passe par le lac Escondido et le lac Fargnano avec des points de vue bien jolis.

Ushuaia est de plus en plus proche: encore une cinquantaine de petits kilomètres. La route en lacet monte et descend de plus en plus.

« Tu connais les camionneurs de l’extrême? » me demande Mono.

« Il devrait venir nous filmer ici en hiver, quand la route est gelée, ici c’est nous les camionneurs de l’extrême! »

J’hôche la tête. Fiers les argentins vous croyez?

21:00, on passe les portes de la ville où un panneau nous rappelle à quel point le sujet des Malouines/Falkland est sensible ici.

portes ushuaia
« Les Malouines sont argentines » affirme le panneau à l’entrée d’Ushuaia

Je sens l’excitation monter: ça y’est j’y suis, je l’ai fait, je suis arrivée!!!

J’ai parcouru environ l’équivalent d’un Paris-Istanbul avec mon petit pouce. Pas grand-chose pour des serial autopstoppeurs, mais pour moi c’est une petite victoire : Objectif Ushuaia atteint!

Au lit maintenant.

Ushuaia en autostop

 

Alors l’autostop en Patagonie c’est comment ?

De ma petite expérience, relativement facile.

Il y’a énormément de camions qui parcourent la route numéro 3. C’est un trajet long et assez monotone (les paysages sont les mêmes,il n’y a pas beaucoup de végétation et du plat du plat du plat…) donc les chauffeurs sont plus enclins à emmener des passagers pour discuter.

Mais tu ne parles que des camions, et les voitures de particuliers?

Pour moi, votre meilleure chance est d’y aller en camion. En revanche si vous empruntez la ruta 40 ou la carretera australe, il y’a très peu de camions et plus de particuliers.

Quid de voyager à plusieurs?

C’est moins facile d’être à plusieurs pour une question de place et de confiance. Les chauffeurs se sentiront peut être moins en confiance face à un groupe que face à deux ou un seul voyageur(s). Cependant j’ai rencontré un groupe de 4 jeunes français qui a réussi à parcourir la moitié de la Patagonie en stop également! Et pour les hommes seuls, idem, ceux que j’ai croisé voyageait sans problèmes en stop.

En ce qui concerne l’espace, nombre de conducteurs partent pour plusieurs jours et certains remplissent le camion avec leur bagages…Ce qui réduit l’espace disponible pour des éventuels passagers. A plus de deux auto stoppeurs ça peut donc s’avérer compliqué. Idem pour les voitures particulières.

Où faire du stop ?

Dans les stations-service, ou aux intersections. J’ai une nette préférence pour les stations-services car elles permettent de se restaurer et s’abriter en cas de besoin, et puis il est plus simple de discuter avec les conducteurs qui s’y arrêtent pour faire le plein ou prendre un maté.

Lorsque j’arrive dans une station-service, je salue les pompistes et leur demande si ça ne les dérange pas que je me poste là. Je n’ai jamais eu de réponse négative et généralement ils vont même jusqu’à vous donner des conseils ou plus à vous aider en demandant aux conducteurs s’ils peuvent vous emmener.

L’accessoire indispensable?

Votre sourire et une pancarte lisible, en plus du petit pouce ça aide!

Bonne route à tous.

Attendez, attendez, y’en a encore un petit bout!

Et pour l’arrivée alors?!

Où dormir à Ushuaia : La Posta Hostel sans hésiter!

 

 

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