Puerto Williams : plus loin que le bout du monde

Puerto Williams : plus loin que le bout du monde

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« Puerto Williams cuenta con 2200 habitantes mas dos : Maëva y Alejandro ! »

Ou comment se faire un petit nom dans la dernière ville avant le bout du monde.

Puerto Williams et ses 2202 habitants donc,  est située sur l’Isla Navarino le long du canal de Beagle à environ 50km d’Ushuaia. C’est une petite bourgade chilienne qui revendique fièrement son appellation de ville « plus loin que le bout du monde », en référence à sa concurrente et voisine Argentine.

Ici et là, l’ile porte encore les stigmates du temps où les deux voisins se préparaient à se faire la guerre pour une sombre histoire de partage territorial de trois petits cailloux au milieu du canal. C’était il n’y a pas si longtemps : ça a commencé dans les années 70.

Les chiliens ont miné une bonne partie de la terre de feu pendant que les argentins armaient leurs navires de guerre et les envoyaient en croisade vers la frontière chilienne.

Heureusement le pape est arrivé pour mettre un terme aux querelles avant que les béligérants ne commencent à s’envoyer des boulets de canons de part et d’autres du Beagle. La guerre a été évitée et les iles sont désormais chiliennes. Après s’être regardés en chien de faïence pendant plusieurs années, chacun est plus ou moins retourné vaquer à ses occupations.

Puerto Williams

 

Puerto Williams, capitale des territoires antarctiques chiliens, est donc avant tout une base navale toute récente (1953). On croise les marins de l’armada  en costume et béret partout dans les rues. La plupart viennent s’installer ici pour cinq ans avec leur famille. Lorsqu’il y’a des rotations, les rues se remplissent de containers de 20 pieds, dans lesquels les militaires chargent leurs affaires en provenance ou vers d’autres horizons.

Ces derniers années, le gouvernement cherche cependant à y développer le tourisme et y encourage l’installation de population civile. De nombreux travailleurs sont arrivés et les maisons commencent à sortir de terre comme de petits champignons.

Le tourisme, venons en. Que vient faire le touriste moyen au bout du monde ?Puerto Williams

 

A première vue pas grand-chose. Puerto Williams est une ville calme, sans embouteillages, ici pas de sono à fond exceptée la musique qui sort des hauts parleurs de la supérette Simon y Simon (presque les seuls à être bruyants en fait). La plupart des habitants ne ferment pas leur porte à clé, les rues sont tranquilles, et seule la fumée qui s’échappe des maisonnettes en tôle trahit la présence de leurs occupants.

Puerto Williams

 

Le grand attrait de l’ile c’est son trek de 4-5 jours, une boucle appelée « Dientes de Navarino ».

(N.B. : tout le matériel nécessaire pour randonner est disponible en location à la boutique Shila: vous pouvez voyagez léger!)

 

Puerto Williams

C’est un trek assez « sauvage », le chemin n’est pas très bien balisé et certaines parties peuvent être assez dangereuses (pentes bien raides et glissantes). Pour les amoureux de la randonnée en pleine nature c’est pourtant un must. On est loin du trek hyper fréquenté de Torres del Paine. Ici on a le luxe d’être seul ou presque dans les montagnes, d’observer de beaux lacs et d’impressionnants points de vue sans que personne ne viennent gâcher ses photos en pauses longues. Ce côté sauvage et peu entretenu est ce qui donne tout son charme à ce circuit.

Puerto Williams

 

Le touriste moyen donc, il vient depuis Punta Arenas en ferry ou en avion, il pose son sac à dos dans son auberge et file se confronter au vent, à la neige parfois et à la boue pendant 4 jours, puis il repart, rompu et satisfait. Et c’est déjà très bien !

 

Puerto Williams

 

Alejandro (un chilien en tour du monde) et moi, on comptabilise plus d’un mois de séjour ce qui est assez inhabituel dans le coin. Du coup, et pour si peu, on n’est pas loin d’avoir nos noms dans les registres d’état civil de la commune.

Et donc en un mois on fait quoi à Puerto Williams ?

 

Puerto Williams

On découvre tranquillement la vie sur l’ile.

On apprend que si on veut être sûrs d’avoir des empanadas de chez Simon y Simon, vous vous souvenez c’est la supérette bruyante, il faut y aller à midi pétante quand elles sortent du four. Quinze minutes après c’est trop tard. Et en fin de semaine c’est empanadas de centollas ! Centollas, ou king crab, qui sont d’ailleurs un des grands attraits culinaires de l’ile, et qui peuvent se négocier moyennant alcool, cigarettes ou dollars aux pêcheurs du coin (mais je ne vous ai rien dit).

Puerto Williams

A Noël on voit passer les camions de pompiers sirènes hurlantes : elles accompagnent le père Noël dans sa distribution de bonbons. Pour les mômes de la ville c’est déjà l’heure des cadeaux ; ils ont le droit de faire un tour dans le camion, casque de pompier tombant sur leur petit nez compris.

Puerto Williams

On découvre aussi la culture Yagan, une des ethnies indigènes qui vivaient sur l’ile. A Ukika, près du port de pêche, vit la dernière représentante « pure sang » de cette communauté : l’abuela Cristina Calderon. Dans le petit village il est possible d’acheter de l’artisanat à Martin, son voisin et neveu. Ici deux articles en espagnols d’interview de Cristina: http://valijacultural.tumblr.com/post/11265199842/cristina-calderón-yagánel-fin-de-una-raza

http://diario.latercera.com/2011/06/05/01/contenido/pais/31-71610-9-la-protagonista-del-rescate-del-idioma-yagan.shtml

Pour en savoir plus, le musée Martin Gusinde, organise régulièrement des conférences et expositions sur ce thème avec des invités du monde entier.

La dernière fois, c’était une archéologue française, Dominique Legoupil, venue présenter le film tourné dans la région en 1925 lors de l’expédition Castelnau. Des images des peuples kaweskar, selk’nam et yagan rarement montrées et très intéressantesPuerto Williams

 

Si on est plus orienté faune et flore, c’est vers le parc OMORA et ses scientifiques qu’il faut se tourner. De nombreux étudiants thésards viennent pour quelques mois ici étudier les oiseaux et la végétation de l’ile.

Puerto Williams

 

C’est comme ça que j’ai rencontré Angie, une mexicaine qui vit aux US venue au bout du monde pour rédiger un papier à propos de philosophie environnementale.

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Côté mer, le Beagle qui borde l’ile Navarino cache dans ses canaux de magnifiques glaciers que l’on peut aller voir en excursion de 2 jours ou plus. Quelques milles plus loin au sud, c’est le mythique Cap Horn qui attire des marins et voyageurs de tout horizons.

Sans aller aussi loin, Jorge propose des sorties en kayak à le demi journée dans le Beagle : on peut pagayer entre les manchots de Magellan et les cormorans, un super moment de détente!

Puerto Williams

 

Sur la terre ferme il est possible de partir randonner à cheval ou à vélo. Les chevaux trottent d’ailleurs gaiement et librement où bon leur semble ; devant les supérettes, sur la grande place du village, au bord des plages, au port…

Puerto Williams

Les grands carnivores ne sont pas oubliés : en janvier, si vous avez l’opportunité d’être là lors de l’asado communal annuel c’est free meat (locale, s’il vous plait) pour tout le monde. Une seule règle : ramener ses couverts et sa bonne humeur.

Ceux qui préfèrent le sucre seront ravis d’aller déguster les tartes aux citrons du café Puerto Luisa, et comme il y’en a pour tous les goûts , les fans de bière eux testeront la bière artisanale du café Alambique (uniquement en fin de semaine), avant d’aller enflammer le dancefloor du petit club local.

Et puis, le plus important on fait des rencontres inspirantes à Puerto Williams.

Puerto Williams

La première fois c’est la Patty (les chiliens rajoutent la et el devant les prénoms), propriétaire charismatique de l’auberge Pusaki où j’ai élu domicile en débarquant. Long cheveux noirs, regards brillant et perçant, c’est un remarquable petit bout de femme  au caractère bien trempé et au franc parlé amusant. Elle a géré le bar du Micalvi pendant une dizaine d’années avant que celui-ci ne soit réquisitionné par l’armée aux grand dam des marins. Car le Micalvi c’était une institution. Ancien bateau militaire allemand, puis ravitailleur chilien, il a été coulé et transformé en ponton. On s’y amarre tant bien que mal et on râle quand les catamarans occupent deux spots de monocoques. On y prend sa douche, on y consulte frénétiquement la météo pour savoir si demain on pourra enfin franchir le Drake, on y chante, on y mange, bref on y vit. Son intérieur en bois est recouvert de drapeaux (et de caleçons…) de toutes les nationalités, accrochés là par tous les joyeux lurons de retour d’Antarctique ou du Cap Horn qui ont voulu à leur tour partager un bout de leur histoire avec ce navire peu commun.Puerto Williams

 

Sur les bateaux amarrés autour vivent de biens intéressants personnages. Certains prennent la mer depuis plus de 20 ans, comptabilisant un nombre de passage du Drake, du Horn, et de navigation en Antarctique qui en disent long, sans parler des tours du mondistes.

 

Puerto Williams

En face du Micalvi se trouve l’école de voile, où si vous êtes sage et sympa Mauro l’argentin vous invitera peut être à faire de l’optimiste avec ses élèves ou prendre un apéro/asado « vikingo ».Puerto Williams

La fois suivante, c’est la rencontre de José qui a une petite maison de campagne à bahia Mejillones, la baie où vivaient les Yagans lorsque les espagnols les ont rencontrés pour la première fois. Ils nous invitent à un asado avec ses enfants et à passer un après-midi tranquille au bord de l’eau avec l’odeur de la viande grillée qui chatouille les narines.

Puerto Williams - Bahia Meijillones

Une autre fois encore c’est Jamila, colombienne expatriée qui tient un restaurant sur la petite place commerciale de l’ile. Jeune femme joviale et sympathique, elle nous raconte que tout de même, elle aimerait bien avoir quelques compatriotes colombiens ici au bout du monde.

La fois d’après c’est Jorge et Constanza, alias la Connie, qui construisent une magnifique éco lodge au bord du canal, à 6km du centre-ville. Avec eux j’aurais poncé et vitrifié mon premier parquet ! D’ailleurs si vous souhaitez les aider, ils ont toujours besoin de coups de main ; voici leur page facebook et workaway.

Puerto Williams

Et puis c’est aussi toutes ces fois à passer des soirées géniales au refuge El Padrino de la Cécilia, autre propriétaire charismatique de l’ile, où chaque soir les hôtes cuisinent ensemble, jouent aux cartes et rient à gorge déployée.

En fait il y’a tellement de fois où on se dit que cette petite ville avec ses « personnages » est décidément charmante,  qu’on ne les comptabilise plus, qu’on profite simplement d’être là, dans la dernière ville avant le bout du monde.


Parce que parfois les images parlent plus que les mots : Puerto Williams en vidéo c’est par ici!


S’Y RENDRE

Depuis Ushuaia :

Sans vouloir vous effrayer : c’est compliqué. Officiellement, la compagnie Ushuaia boating fait l’aller-retour régulièrement. Dans les faits c’est très aléatoire. Beaucoup de personnes sont restées bloquées à Ushuaia pendant plusieurs jours faute de pouvoir traverser et inversement.

Tarif: environ 150 euros

L’autre option, c’est de faire du bateau-stop au port de plaisance AFASYN ou CLUB NAUTICO, et espérer trouver un skipper qui vous emmène gratuitement ou pour un prix raisonnable.

Depuis Punta Arenas :

Le ferry Yaghan de la compagnie Transbordo austral broom fait la traversée une fois par semaine. Celle-ci dure 30 heures et le bateau passe près des glaciers du canal.

Ça vaut le coup surtout dans le sens PA –PW afin d’observer ces beaux blocs d’eau gelée.

Tarif: 102 000 pesos chiliens en Pullman, prévoir plus pour une couchette. Repas inclus. Réserver à l’avance.

Chaque dernier dimanche du mois, le ferry se rend à Puerto Torro, un tout petit village de pêcheur au bout de l’ile pour faire son ravitaillement. Le trajet est gratuit, il suffit de s’inscrire à l’agence en face du port. Départ à 8h00 du matin, retour vers 15h00.

La compagnie aérienne DAP dessert l’ile tous les jours. Attention les avions sont petits et la franchise de poids autorisée est de 10KG, sauf quand l’avion de 90 places est utilisé. Au-delà du kg, vous serez facturés environ 1200 pesos par kg supplémentaire. Réserver à l’avance.

Tarif : 60 000 pesos chiliens.

 

SE LOGER

Hostal Pusaki – rue O-higghins (à partir de 15 000 pesos en dortoir) : auberge de la Patty, fait table d’hôte le soir (10 000 pesos)

Refugio El Padrino – en face du terminal de ferry : refuge de la Cécilia (à partir de 5000 pesos en camping, 12000 pesos en dortoir)

Errante EcoLodge – à 6km du village, ce lodge écologique (dont j’ai poncé le parquet attention!) vous offre une vue magnifique sur le Beagle, des chambres confortables au possible et surtout la chance de connaitre Connie et Jorge

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