Un jour, un ponton

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Dans une région très australe de notre chère planète bleue, existe un endroit ou la Russie et le Chili sont presque voisins de palier et où les chinois ne sont pas bien loin non plus. En été au mieux, il y fait une température proche de 0 degrés. En hiver elle y descend facilement sous les -40 degrés.
Cet endroit n’appartient à personne, mais presque la moitié des pays du monde en veulent un bout.

Cet endroit c’est l’Antarctique.

 

Je suis arrivée à Ushuaia avec pour objectif d’aller en Antarctique…

 

Pour s’y rendre il n’y a pas 36 solutions ; on y va en bateau ou en avion.  Et pour ça Ushuaia est un très bon spot ; c’est de la ville autoproclamée la plus australe du monde que partent la majorité des embarcations.

A moins d’être scientifiques ou militaire, ou encore de travailler pour eux, cela vous coûtera  cependant une petite fortune. On parle de dizaines de milliers d’euros, au mieux de la moitié.

Il y’a quelques années, une copine voyageuse a pu profiter des offres de dernières minutes proposées à Ushuaia. Régulièrement les agences de voyage vendent à prix bradé les dernières disponibilités des bateaux de croisières. Les voyages durent généralement entre 10 et 20 jours sur des bateaux pouvant accueillir en moyenne 90 passagers.

Cette année, pour un voyage de 10-12 jours, il n’y avait rien en dessous de 6500€.

Pour 6500€, sans réductions, vous pouvez embarquer sur un voilier et partir un mois sur le continent blanc. Ce qui me semble bien plus intéressant pour peu qu’on dispose de temps, qu’on supporte les environnements exigus et qu’on ne soit pas trop sujet au mal de mer. Bien sûr vous pouvez toujours payer plus. Ou moins.

C’est là que le bateau-stop intervient.

L’idée est de trouver un embarquement de dernière minute sur un voilier ; un désistement, une place en plus, en tant que passagère, cuisinière ou équipière. Sur ces embarcations, les places sont rares et la plupart des équipages sont constitués des mois si ce n’est années à l’avance, mais parfois la chance (ou la persévérance) peut vous montrer son meilleur sourire.

 

16/12/2015 : début de l’opération Antarctica.

 

Ushuaia

Je suis arrivée à Ushuaia la veille, bien décidée à arpenter les pontons de l’AFASYN et du Club Nautico, les deux yachts club de la ville.

En marchant  sur la piste poussiéreuse qui mène à l’AFASYN je rencontre un français avec qui je discute brièvement. Il est justement skipper sur un voilier amarré au ponton. « Je ne peux pas t’emmener en Antarctique, mais si tu veux je remonte à Puerto Montt en mars, tu peux venir, tu n’auras qu’à payer ta bouffe et tout. »

Il s’appelle Arnaud, avec sa compagne Morgane ils naviguent jusqu’en Polynésie Française cette année.

« Ah et tiens, voici le contact d’un de mes potes, il part bientôt lui, peut être qu’il a de la place il est en mer en ce moment, mais envoie lui un mail ! ».

Je suis plutôt contente, 15 minutes et déjà un embarquement. Pas là où je voulais aller de suite, mais c’est déjà ça.

Sur le ponton je scrute les bateaux, et n’ose pas monter à bord.

« Toque ! » me lance Arnaud depuis son voilier, « ils doivent être à l’intérieur ».

Au bout du ponton, se trouve une magnifique goélette. A bord, un sympathique norvégien m’informe  qu’ils partent effectivement en Antarctique, mais que le skipper n’est pas là et devrait arriver bientôt ; je dois revenir. Lui, il est plutôt habitué au grand nord qu’au grand sud : plusieurs mois par an il travaille à Cambridge Bay (nord du Canada) sur un projet très intéressant de renflouement d’un navire norvégien coulé dans la baie : Maud.

A l’autre bout du ponton, ça s’agite. Le Patagonia largue les amarres. A son bord un couple chilien et leurs  enfants. Ils sont en mer depuis plusieurs années… Ils n’embarquent aucun passager et se rendent à Puerto Williams dans la foulée. Pas pour moi, pas cette fois.

En face, trois personnes conversent gaiement, Roxanna la coordinatrice et personnage clé de l’AFASYN, Laurent, un français au crâne rasé et à l’oreille percée, et Bernard, cheveux blanc, yeux bleus perçants et rieurs, un bonnet rouge vissé sur le crane.

Ils sont voisins de ponton. L’un avec son voilier « Basic Instinct » à la coque rouge pétante, et l’autre avec « la Cardinale » dont le pont vient tout juste  d’être repeint en jaune vibrant se disputent certainement le titre de voilier le plus discret du club.

La Cardinale part justement le lendemain pour quelques semaines dans les Canaux de Patagonie avec à son bord un groupe de jeunes belges.

Après discussion, visite du voilier, rencontre du reste du crew, courses, et tutti quanti… c’est scellé, j’embarque le lendemain avec eux destination Puerto Williams au Chili, une cinquantaine de kilomètres plus au sud. Cinquante petits kilomètres plus proche de l’Antarctique.

En rentrant à l’auberge, j’envoie un mail au contact que m’a donné Arnaud.

Demain j’ai rendez vous à 9h30 au yacht club pour faire les papiers de sortie du territoire à la prefectura d’Ushuaia .

Le jour s’achève. Il est déjà temps de refaire mes valises.

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