Autostop à travers le Nord Ouest Argentin (NOA) : De Cordoba à Tucuman

Autostop à travers le Nord Ouest Argentin (NOA) : De Cordoba à Tucuman

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Dans ces carnets de route, je vous livre mes petites péripéties en autostop à travers le nord ouest argentin (NOA).

Après avoir quitté ma Querida Bariloche, je me suis dirigée toujours plus au nord. Objectif : La Quiaca et son poste frontière avec la Bolivie.  (Ah et plus tard, promis, on fera un flash back et je vous raconterai comment je suis arrivée à Cordoba depuis Bariloche, parce-que quand même entre les deux il y’a plus de 1200 kilomètres et quelques trucs à dire ).

 

5 août 2016, Cordoba

 

Rocio et Juan, mes hotes Couchsurfing, s’activent autour d’une montagne de cartons.

Ils scotchent, vident, remplissent, plient, déplient… Dans quelques jours ils déménagent dans un nouveau home sweet home encore plus spacieux.

Mambo et Carlito, les deux chiens de la maison ne semblent pas plus intéressés que ça par ce que font leurs maitres (quoi que visiblement désorientés par cette concentration soudaine de grattes ciels de cartons autour d’eux).

Non en fait ils sont bien plus occupés a courir derrière la chatte Dulce, maintenant que personne ne les regardent, tous tant occupés que nous sommes à construire chacun une tour plus haute que la précédente.

En fond la télévision diffuse les images  de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Rio 2016. Des hauts parleurs s’échappent les applaudissement des spectateurs qui y assistent.

J’y jette un coup d’oeil.

Je me demande s’il y est.

Je me demande pourquoi je me demande s’il y est.

Je suis arrivée à Cordoba hier matin. Et en bus s’il vous plait. Pas d’autres choix pour arriver en même temps que Corinna alors j’ai fait une exception. D’autant plus que le trajet Mendoza-Cordoba en stop n’est pas des plus aisé.

Après quelques cafouillages je la retrouve au terminal. Plusieurs mois plus tard; plusieurs kilomètres plus loin, on s’étreint joyeusement

9 août 2016, direction San Michel de Tucuman

07H30 mon réveil sonne. Trop tôt.

08H00 mon réveil sonne. Toujours trop tôt.

J’émerge péniblement de mon lit douillet. Autour de moi c’est un sacré capharnaüm: il y’a toujours autant de grattes-ciels de carton.

Hier Rocio et Juan ont déménagé la majorité de leurs affaires dans la nouvelle maison.

Aujourd’hui je poursuis ma route, toujours plus au nord.

11H20 : Un peu plus réveillée, j’arrive à la station YPF située à la sortie de la ville de Jesus Maria, à une trentaine de kilomètres de Cordoba.

Plus tôt, j’ai fait mes adieux à ces deux supers nouveaux copains qui m’ont accueillie à bras ouverts comme si on se connaissait depuis toujours. Je leur ai laissé la moitié de mes affaires, sûre de revenir m’installer avec eux dans un petit mois.

Bien entendu, il n’en sera rien, mais à ce moment là je ne le savais pas encore.

A ce moment là j’ai juste hâte de démarrer mon « road trip », et puis j’ai faim. Je pousse la porte d’une boulangerie. Les alfajores auront ma peau (ou mon foie).

A l’intérieur personne. Soudain un petit garçon surgit en trombe, puis s’arrête net et me regarde fixement.

« Comment tu t’appelles? » Je luis souris.

Il ne répond pas et continue de me fixer timidement.

Une jeune fille qui semble être sa soeur arrive à son tour. Elle est hyper enthousiaste de me voir plantée là, le ventre criant famine (oui oui à ce point), mon sac sur le dos. Elle me bombarde de questions sur mon voyage pendant que je zyeute avec envie les alfajores dans sa vitrine.

Pour un peu elle me tendrait un micro sous le nez.

« Ma soeur aussi veut voyager comme toi, en sac à dos! »

« Bon elle n’a que 17 ans, elle doit attendre sa majorité mais elle veut déjà partir ».

Et moi donc. Elle est sympa comme tout mais j’ai des camions à attraper pardi!

11H20 à la station YPF donc.

Je prépare mon carton. J’hésite. Qu’écrire? Ou vais je donc aller? Directement à Salta? Ou passer par Tucuman avant? Tout le monde me dit que Salta est plus jolie que Tucuman…

Je finis par me décider par la dernière option : c’est beau la liberté. On verra bien si c’est si moche Tucuman!

Je suis encore en train de repasser les lettres quand un camionneur me fait signe. Je lui montre mon carton à moitié fini en réponse.

Vamos! me fait il comprendre avec des grands signes de la main et en allumant ses feux de détresses.

Ca commence vite, et bien, vamos donc!

Mon bienfaiteur du jour s’appelle Martin. Il était venu livrer du sucre à Cordoba et retourne à Tucuman avec son collègue Alejandro qui nous suit dans un second camion.

La région de Tucuman est la plus petite d’Argentine; elle reçoit d’abondantes pluies qui lui permettent d’avoir une végétation luxuriante et le surnom de « Jardin de la république ». On y retrouve donc entre autre tous plein de champs de canne à sucre, dont au moins un où Martin se rend pour recharger son camion.

En route, on refait le monde, on écoute du rock et on chante du Elvis (enfin moi, lui il mememe en hôchant la tête).

Martin a commencé à travailler à 13 ans. Il avait un père absent et  une belle mère acariâtre et insupportable qui refusait de le prendre en charge. Il devait donc travailler pour subvenir à ses besoins. Il a commencé à conduire un camion très jeune, sans permis. Et puis il a trouvé un bon patron qui l’a pris sous son aile et lui a fait passer son permis de conduire. Aujourd’hui il conduit toujours des camions, est divorcé avec enfants et me raconte ses peines de coeurs.

Ca finit toujours comme ça avec les camionneurs, ils me parlent des femmes de leur vie. A croire que ce sont de grands sentimentaux au fond?

18H30, Bella Vista, le soleil entame sa descente à l’Ouest.  Moi, je descends du camion de Martin.

Lui et Alejandro s’en vont recharger et me klaxonnent en redémarrant. Je les salue à mon tour en souriant pleine de gratitude.

Il me reste 30km pour arriver à San Miguel de Tucuman. L’air est chaud, un peu humide, ça sent la canne à sucre et il y’a des palmiers à l’horizon.

Je me sens bien. Je suis heureuse. Je lâche un soupir de contentement et observe amusée ce qui m’entoure.

De l’autre côté de la route quelqu’un fait flotter un cerf-volant dans un jardin. Dans la station service adjacente les pompistes discutent tranquillement.

Des jeunes filles passent rapidement en scooter. En fait, c’est rempli de scooter ici.

« Tu achètes un caramel et un paquet de cigarettes et on t’offre un scooter! » m’avait prévenue Martin.

Un pick-up avec un groupe de jeunes ouvriers à l’arrière passe lentement en face de l’arrêt de bus ou je me trouve. Ils m’interpellent en faisant des bruits de bises. La grande classe. Je regarde ostensiblement dans l’autre direction.

Quelques mètres plus loin la camionnette s’arrête et un autre groupe d’ouvriers monte à son bord. Puis elle s’éloigne au loin. Une goutte de connerie dans un océan de bonnes choses.

Une quinzaine de minutes plus tard j’aperçois les lueurs du bus et agite les bras pour signaler ma présence.

« La prochaine fois, lève seulement le bras, je t’ai vu ! » me dit le chauffeur en souriant et en me tendant mon ticket.

Je m’excuse platement en souriant à mon tour. C’est pas cool d’être trop enthousiaste faut croire.


La nuit est déjà tombée depuis quelques heures et… j’ai faim.

Le réceptionniste me recommande un resto où déguster « les meilleurs empanadas de Tucuman cuisinées par une petite mamie ».

Et c’est seulement à deux cuadras (blocs) de l’auberge, ça tombe bien! Je me mets donc en route de bon pas mais malgré ma détermination et mon estomac qui gargouille je ne trouve pas l’endroit.

Un petit couloir étroit où un panneau indique à l’entrée « patio de comida artesanales » attire mon attention mais j’hésite et tourne finalement les talons.

Je demande au vendeur d’un kiosco où se trouve « le resto d’empanadas cuisinées par une petite mamie » mais il n’en savait rien (où fait tout comme) et essaye de me refourguer SES empanadas. Mauvaise pioche.

Dépitée je me rabats sur un autre restau qui fait l’angle et commande deux empanadas; mon estomac n’a plus de patience. Alors que j’attends mes précieux pâtés fourrés à la viande, j’observe les serveurs, le lieu… Décidément ça ne peut pas être là. Je n’abandonnerai pas! Je vais finir par la trouver la petite mamie cuisineuse d’empanadas.

Je reviens sur mes pas pour voir de plus près ce « patio de comidas artesanales ». Le patio en question est super joli avec un mandarinier au milieu, des oignons empilés sur une table, des drapeaux argentins flottants au vent et… une petite mamie haute comme cinq pommes qui me demande amicalement ce que je veux manger. BINGO!

Au 2ème étage des silhouettes se meuvent au rythme d’un tango. Intriguée, je monte voir ce qu’il se passe.

Trois couples sont en train de danser. Quand la musique s’arrête tous me demandent d’où je viens, puis le plus âgé m’invite à danser. Ufff mon premier tango.

 

« – Vos sos una mujer moderna!

– Porque?

– Porque no le da bola al hombre! »

 

J’éclate de rire. Hé oui au tango c’est l’homme qui mène la danse et j’ai un peu de mal à suivre.

Allez on se décontracte, on se laisse porter, ce violon est tellement envoutant après tout.

« Puedes acercarte de mi, mi mujer no esta aca » tente de me rassurer mon partenaire.

Il danse drôlement bien et me guide élégamment. Je n’ai aucune idée de ce à quoi je ressemble, sur la pointe des pieds avec mes chaussures de randonnées trouées, mais ce ne doit pas être si terrible aux vues de l’air approbateur du prof, Ariel. Ou du moins j’essaye de m’en convaincre.

La musique s’arrête. Je salue chaleureusement mon cavalier d’un soir qui s’en va (certainement) retrouver sa belle.

Ariel tout content me tend sa carte pour « si je repasse dans le coin ». Je la range soigneusement dans ma poche, toute contente moi aussi, et descends retrouver mes voisins de tables qui ont jalousement veillé sur mes affaires pendant tout ce temps.

 

C’est un couple d’argentin avec leur jeune fils prénommé Xavier.

Xavier et Norma

Alors que je croque dans ma première empanada, un filet de jus de viande se répand sur mon pantalon.

Je repense à Martin (encore lui) qui m’avertissait plus tôt : « les empanadas de Tucuman et de Salta sont les meilleures! Mais elles sont juteuses. Tu ne sais pas comment les manger proprement ; c’est impossible! Moi, la première fois, j’ai tâché tout mon pantalon, je ne savais plus où mettre mes jambes! »

Je souris intérieurement. Me voilà baptisée à mon tour tiens.

Discrètement, le couple a payé mon addition. Il s’en vont en me faisant des signes de la main.

Je retourne à mon auberge repue (d’empanadas et de bonheur).

Et dire qu’on m’avait déconseillée d’aller à Tucuman…

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