Les mines de Potosi : de l’argent et des hommes

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A 150 km de la belle Sucre, se trouve une autre ville classée au patrimoine mondial de l’Unesco : Potosi, 4070m d’altitude et une pente incroyable à remonter depuis le « nuevo terminal » pour se rendre au centre-ville.

Autant le dire tout de suite, non je n’ai pas joué les téméraires, mes 18kgs de sacs et moi avons paresseusement rejoint le centre-ville en taxi. C’est pour ça qu’ils existent : éviter de suffoquer et perdre ses poumons.

La course vaut une dizaine de bolivianos (1,5$), il y’a aussi la possibilité de prendre un bus pour dix fois moins, mais c’est peu confortable avec une carapace de tortue (alias les 18kgs dans le sac).

Le centre-ville de Potosi est agréable : des maisons colorées à l’architecture coloniale, beaucoup d’églises… et des rues en pentes partout. Pour ceux qui ne sont pas acclimaté à l’altitude il vaut vraiment mieux y aller doucement.

La ville est surplombée par l’imposant Cerro Rico (Montagne Riche). Le Cerro grâce auquel elle à vue le jour  en tant que telle, devenant une des villes les plus peuplée d’Amérique du sud en son temps, mais aussi celui qui a  apporté la désolation pour les populations qui vivaient autour pendant près de trois siècles.

C’est au 16ème siècle que les espagnols découvrent l’incroyable richesse que renferme cette montagne. Immédiatement ils comment l’exploitation effrénée des réserves d’argent qui s’y trouvent, réduisant au passage en esclavage les indigènes qui sont forcés d’y travailler dans des conditions atroces. Hommes et enfants à l’intérieur, femmes à l’extérieur. Le taux de mortalité est affolant, et lorsque les indiens ne suffisent plus les espagnols amènent des esclaves d’Afrique.

Ceux-ci supportent encore moins le travail à la mine et son relégués à la Casa de la Moneda (maison de la monnaie) où ils travaillent le métal extrait dans des conditions qui restent éprouvantes.

Casa de la moneda

 

Les pièces frappées à Potosi se répandent dans tous l’empire espagnol et servent de monnaie d’échange en Europe.

Dans «  les veines ouvertes de l’Amérique latine », l’écrivain Uruguayen Eduardo Galaneo écrivait ainsi qu’avec tout l’argent extrait des mines, il serait possible de bâtir un pont de Potosi  jusqu’en Espagne… tout comme avec les ossements des indiens qui périrent pour l’en extraire.

Aujourd’hui les espagnols sont partis mais les mines sont toujours en exploitation, même si les filons d’argent se sont taris et se raréfient. On y extrait aussi de l’étain, du cuivre…

Les mineurs se sont organisés en coopératives qui se partagent chacune un bout du gruyère géant qu’est devenu le Cerro Rico. Ils continuent de mâchouiller de la coca à longueur de journée pour tenir le coup.

Ce labyrinthe souterrain se visite et plusieurs agences ont ouvertes à Potosi.

Ces visites sont controversées parmi les voyageurs qui sont souvent partagés sur leur côté éthique : tourisme de la misère pour certains, mise en lumière nécessaire  selon d’autres.

Personnellement j’ai fait le choix de m’en faire ma propre idée, de toucher humblement du bout du doigt des conditions de travail inimaginables de nos jours en Europe et qui sont pourtant la réalité de milliers d’êtres humains. Et puis si ça peut permettre à certains boliviens de sortir des mines et se dédier au tourisme, tout en reversant de l’argent à leur camarades moins chanceux, tant mieux.

C’est notamment le cas de notre guide Antonio de l’agence Potochij que nous avons choisie Agathe, William et moi.

Antonio

J’avais croisé ce couple de voyageurs français à Sucre dans un concert baroque, et on s’était retrouver fortuitement dans le même hôtel à Potosi. La veille nous avions décidé de visiter les mines ensemble, et on était d’accord sur le principal : partir avec une agence qui soit la plus responsable et respectueuse possible (pas de « test » de bâton de dynamite par exemple… surtout quand on sait que le Cerro Rico est en train de s’affaisser). Après en avoir consulté quelques-unes nous arrêtons notre choix sur cette petite agence, dont la porte est encore fermée à 8H30, heure à laquelle démarrent la plupart des excursions.

Nous sommes cinq ce jour-là à nous engouffrer  dans les galeries obscures et étroites du Cerro Rico en suivant Antonio. C’est un homme  avec beaucoup d’humour,  frêle  et de petite stature, au visage marqué et à la dentition incomplète, comme beaucoup d’ex mineurs. Il nous explique un peu son histoire : son père était mineur aussi et est décédé suite aux mauvaises conditions de travail. A partir de ce moment, Antonio à tout fait pour sortir de la mine, pour ne plus y travailler et ne pas y envoyer ses enfants non plus. La coopérative que l’on va visiter est la coopérative où Antonio a travaillé.

Notre premier arrêt se fait dans une maison où on s’équipe : tenue rouge, casque, lanterne, bottes, masque… Puis nous nous rendons dans une boutique pour acheter des «cadeaux aux mineurs ». Antonio nous présente l’essentiel du kit du mineur (des feuilles de coca pour couper la faim, apaiser les effets de l’altitude et donner de l’énergie, les cigarettes, les briquets, la dynamite, une sorte de pate à mâcher sucrée, des sodas et surtout de l’alcool « potable » à plus de 90 degrés).

Antonio

 

Les mineurs sont extrêmement superstitieux, et avant de pénétrer dans l’antre Antonio verse de l’alcool et des feuilles de coca à l’intention de Pacha Mama. Une fois sous terre, c’est le royaume du Tio, dont on trouve des statues un peu partout dans la mine. A chaque fois qu’on passe devant une représentation du Tio dans les galeries, Antonio répète les offrandes pour en obtenir la bienveillance.

Il fait chaud sous terre, les galeries sont très étroites,  le sol est boueux et glissant, on avance courbés et heureusement que j’ai un casque sur la tête car je me cogne plusieurs fois au plafond tant il est bas. On doit faire attention ou on pose nos pieds sous peine de tomber dans des précipices, en somme c’est assez éreintant, alors même qu’on ne fait « rien ».

On croise plusieurs mineurs qu’on salue, avec qui on discute quelques instants de leur quotidien dans la mine, de leur vie à l’extérieur et à qui on remet nos cadeaux. Puis ils repartent, leur silhouette disparaissant peu à peu dans la pénombre.

Deux d’entre eux passent devant nous en poussant un lourd chariot de plusieurs tonnes rempli de roches et minéraux qu’ils ont extrait. On se câle dans un renforcement pour les laisser passer, impressionnés par la difficulté de l’exercice. Un exercice qu’ils répètent plusieurs fois par jour. A ce moment là, le charriot déraille, Antonio accoure, et après plusieurs minutes d’effort les trois hommes réussissent à le remettre sur les rails. A leur tour les deux mineurs s’éloignent lentement dans le bruit de grincement des roulettes du chariot.

On change de niveau, il fait encore plus chaud, on respire mal, les changements de niveaux sont véritablement dangereux et acrobatiques.

Avant de repartir nous avons l’occasion de nous asseoir et discuter plus longuement avec deux mineurs, sous la figure attentive du Tio. L’un dit avoir 24 ans et est assez timide, on lui en donnerait déjà 40… Le second, visiblement plus âgé mais étrangement « mieux conservé » nous raconte qu’il a décidé de venir travailler à la mine il y’a quelques années, son activité de mécanicien n’étant pas assez rentable pour lui donner de quoi vivre. Cela peut paraitre étrange mais ces hommes courageux semblent plutôt heureux et fiers de leur travail.

Après 2h30, c’est non sans soulagement qu’on retrouve l’air libre.

Il ne suffit que de quelques heures pour se rendre compte, qu’ici sous terre c’est définitivement synonyme d’enfer.

 

Que faire d’autre à Potosi : se rendre à los Ojos del Inca et les sources d’eau chaude environnantes.

Où loger : Hôtel Felcar (plein centre, 30 BS en chambre simple, eau chaude et wifi disponible)

Où manger : déliceuses tartes au citron à 5BS dans la rue qui mène à la place principale, le marché

 

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