Au bord du lac Titicaca (1/2)

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Quand j’étais plus jeune, mais rien qu’un peu parce que je le suis toujours bien sûr, il y’avait un mot qui me faisait bien marrer en cours de géographie. Enfin, pas seulement moi, les copains aussi. Ce mot de quatre syllabes c’était le nom du lac navigable le plus haut du monde. Un lac sacré et marqué par l’histoire d’une civilisation mythique et respectable ; celle des Incas. Mais bon, nous on était des enfants, un chouïa irrespectueux, et il avait beau être sacré il avait quand même un drôle de nom ce lac. Il s’appelait Titicaca et ça, ça nous faisait contracter les zygomatiques.

Mai 2017. Je suis toujours jeune bien sûr, mais les années aidant, les noms un peu bizarre ne me font plus me tordre de rire, enfin plus trop. Ou plus autant. Je suis en Bolivie et le fameux lac sacré  est à portée de main, ou mieux, d’autobus. J’irai y passer quelques jours.

Lac Titicaca

Achacachi c’est un petit village bolivien tranquille proche du lac Titicaca. Situé sur la route de Sorata, ce n’est décidément pas un coin touristique. Pour s’y rendre il faut prendre un minibus à 20BS depuis la zone du cimetière à La Paz.

Milton, l’ami CS recommandé par Soki, mon hôte CS du moment, m’accueille chez lui chaleureusement. Tout comme sa maman, une bolivienne typique en habit de cholita, haute comme trois pommes large comme cinq et coiffée d’un bonnet qui recouvre ses deux longues nattes attachées ensemble par un tullma.

Fabian, un voyageur argentin, loge aussi chez Milton. Au coucher du soleil, on se rend tous les trois au mirador qui surplombe la ville. La vue sur la cordillère Real qui parait à portée de main y est magnifique. On prend un tas de photos avant de redescendre, congelés. Après une discussion interminable dans la cuisine, c’est que ça prend du temps de refaire le monde, c’est aplatie sous 7 couvertures – littéralement- que je trouverai le sommeil cette nuit-là. Il fait froid au bord du Titicaca, très froid.

 

Le lendemain Fabian et moi nous rendons à Huatajata, un village qui borde le lac, avec pour objectif de naviguer sur ce dernier dans une embarcation traditionnelle faite de Totora (des sortes de joncs). Milton ne peut nous accompagner, il a une bonne raison : il doit superviser une livraison de carrelage pour sa piscine en construction.

La totora c’est une plante qui pousse sur les berges du Titicaca, aussi bien du côté péruvien que bolivien. Ces roseaux sont utilisés par les habitants du lac depuis des générations comme matière première pour leurs embarcations mais aussi pour construire les fameuses iles flottantes qu’ils habitent.

Au fil des années, plusieurs embarcations faites de Totora ont été utilisées par des occidentaux pour faire des expéditions scientifiques. La plus connue est certainement Kon Tiki de 1949 du norvégien Thor Eyerdahl, pour soutenir sa théorie de migration des peuples anciens.

 

 

 

 

 

 

 

Arrivés à Huatajata, nous nous arrêtons au musée Titi ou nous rencontrons Max Katari, un des fameux constructeurs de d’embarcations en totora. Il y’a historiquement trois familles de constructeurs de « balsas de totora » dans le coin, et les Katari sont l’une d’entre elles. C’est un vieil homme jovial et intelligent qui nous accueille. Il nous explique qu’il n’y a guère plus d’embarcation en Totora qui naviguent sur le lac, pas assez de flux touristique pour maintenir l’activité alors que l’entretien d’une telle embarcation est couteux, alors il a tout cessé l’année passée. Je soupire de déception.

Max Katari nous fait la visite guidée

 

Max nous propose à la place de visiter le petit musée adjacent qu’il tient. La visite est intéressante et retrace les différentes expéditions (allemande, anglaise…)  et regroupe pas mal d’informations sur la totora. Il nous raconte qu’un bateau construit par ses soins est actuellement, à Arica, au Chili et s’apprête à traverser le Pacifique.

Après la visite Max nous montre l’artisanat qu’il réalise : de petits bateaux et figurines en Totora. Je suis sous le charme et repars avec trois petits modèles pour 70BS, ça fera de chouettes cadeaux pour les proches. Fabian et moi on s’embarque ensuite dans un bateau-bus local pour traverser vers Suriqui, l’ile d’en face. (coût : 10BS)

Malheureusement notre chauffeur est super lent, il doit acheter de l’essence, puis aller chercher un colis.. bien sûr il ne nous prévient de rien de tout ça et on attend comme des clampins dans l’embarcation. Une heure passe… Fabian à bout de patience décide de rentrer vers Achacachi.

Une dizaine de minute après son départ, le jeune capitaine revient enfin et on met le cap vers Suriqui.

Après environ une heure / une heure et demi de traversée, je débarque sur cette petite île sèche et calme.

« Tu repars vers huatajata après ? »  dis-je en descendant du bateau, le gars me fait signe de la tête que non. Il va falloir que je m’arrange autrement.

Aujourd’hui est un jour férié et le village est en fête. Les femmes ont leur belle parure de cholita, il y’a des fanfares et les hommes se préparent à enfiler leur costume de morenada. Tout le monde boit de la bière sur la place principale et les enfants  jouent en se roulant dans l’herbe.

Les habitants sont amicaux et discutent avec moi. Un groupe de femme insiste pour que je vienne danser  la morenada avec elles. Je décline poliment, je ferais bien trop tâche en jean-baskets alors qu’elles sont toutes joliment vêtues. Un couple passe en serrant la main à tout le monde, ce doit sûrement être le(s) maire(s) ou un truc du genre. L’homme me dit quelque chose que je ne comprends pas.

« Désolée je ne comprends pas l’aymara » lui dis je.

Il rigole et me réponds en espagnol « ahhh mais après deux bières tu pourras parler Aymara ». Ca fait rire tout le monde, même moi, mais ce n’est pas trop le genre d’apprentissage que je préfère.

L’ile est relativement petite, il y’a quelques ruines, quelques jolis points de vue en hauteur, des iles flottantes derrière… après avoir marché dans les alentours du village je décide de retourner sur le ponton pour trouver un bateau. Un capitaine bedonnant est perché sur son embarcation et discute avec son pote. Il ne retourne pas à Huatajata, mais me propose d’y aller en privé pour 150 BS tout en m’expliquant que c’est férié aujourd’hui, que les gens ne vont plus repartir de l’ile maintenant, en gros qu’il me fait une faveur. Logique. Je décline cependant son offre, à ce prix là il vaut mieux que j’aille danser la morenada, dorme sur l’ile et reparte le lendemain.

Je me résigne donc à rester à Suriqui, et m’assoit sur le ponton au soleil, au cas où un autre bateau reparte. J’en profite pour sortir mes crayons et faire quelques dessins dans mon carnet de voyage.

Le miracle arrive sous la forme d’un groupe de femmes venues rendre visite à des étudiantes en medecine en stage sur l’ile. Elles ont affrétées un bateau privé et son proprio accepte de m’embarquer pour 10BS au retour.

Vers 17H30 je m’embarque donc, direction le continent. Le soleil se couche et ses doux rayons caressent le visage du bébé endormie qui sommeille empaquetée dans son aguallo (tissu traditionnel très coloré). C’est la toute jeune fille d’une des étudiantes sur l’ile. Sa maman y sera trois mois sans elle. Pendant ce temps, c’est la grand-mère qui la prend en charge.

De retour à Achacachi, Milton, Fabian et moi avons notre désormais « traditionnelle » grande discussion dans la cuisine au son de cumbia argentine.

Le lendemain les garçons se lanceront à l’ascension d’un des sommets environnant pendant que je mettrais le cap sur Copacabana et les fameuses îles du Soleil et de la Lune.

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