Bolivie : Survivre à la route de la mort

Classé dans : Bolivie, Récits | 2
Souriez, aimez, partagez!

« Et toi tu l’as faite la descente de la route de la mort? »

Un ange passe…. tout le monde arrête de parler et Jorge, le père, change progressivement de couleur.

Je ne comprends pas encore trop pourquoi, mais visiblement j’ai fait une boulette, j’ai dit un truc qu’il ne fallait pas.

La route de la mort – A thousand Smiles Away

 

Je suis à Santa Cruz, assise à table avec mon ami R. et sa famille.

J’avais rencontré R. à Paris presque 3 ans plus tôt et je lui rendais finalement visite en Bolivie. Le déjeuner allait bon train, on parlait de tout, surtout de voyage et bien sûr le sujet de l’une des activités touristique la plus courue de La Paz m’a échappé des lèvres.

« Ne fais jamais cette descente, c’est de la folie, de l’inconscience…. » Jorge est furieux. Il poursuit « R. tu ne lui as pas dit? »

Mon ami ne bronche pas, il me fait signe de laisser passer l’orage.

Plus tard il m’expliquera en aparté ce qui a déclenché l’ire de son père. Oui il l’a fait la descente de la mort, mais pas jusqu’au bout. A mi chemin il a chuté et est tombé dans le coma. Il a dû être rapatrié d’urgence à Santa Cruz où il est resté inconscient plusieurs jours à l’hôpital, sa famille à son chevet.

Je comprends mieux le mécontentement de Jorge, où plutôt sa préoccupation.

« Mais ce n’est pas si dangereux, moi je voulais aller vite, j’ai fait le fou et je suis tombée, prends ton temps c’est tout » me rassure R.

Malgré les paroles rassurantes de mon ami je suis un peu décontenancée : je ne sais plus si je veux vraiment la descendre cette route.


La Paz, plusieurs semaines plus tard.

Avec Jane, une voyageuse australienne que mon hôte CS héberge également nous nous rendons au centre-ville. Mission du jour : trouver une agence pour faire la route de la mort.

Alors que l’on écoute discrètement le discours bien rôdé d’une vendeuse dans une des agences, trois garçons entrent à leur tour. Ils sont anglophones et eux aussi souhaitent faire la descente le lendemain. Instinctivement on commence à se concerter et en moins de deux on décide de faire le tour des agences tous les cinq pour obtenir un meilleur deal. C’est bien connu, l’union fait la force et les prix allant du simple au double, de la force …. de conviction…. on en a besoin!

On finit par signer avec No Fear, l’agence que beaucoup d’autres voyageurs m’avaient recommandés auparavant. Ce qui a fait pencher la balance? Leur tarif, le meilleur que l’on ai négocié, le t-shirt de survivant était plus joli que les autres (ça compte beaucoup, même si c’est très subjectif!), la taille du groupe, les guides parlent bien anglais (pour les garçons) et puis les vélos avaient l’air en bon état.

Les prestations sont à peu de choses près les mêmes entre les agences : le petit déjeuner est inclus, ainsi que l’équipement de protection (pantalon, veste, casque, gants, genouillères, protection des coudes…), l’agence fournit deux snacks et un buffet est proposé à l’arrivée dans un hôtel ou centre touristique. A la fin de l’activité, on repart avec un t-shirt de survivant et un cd où sont gravés photos et vidéos souvenirs de la journée.

Comme la boutique est vide on en profite pour essayer et « réserver » en avance notre équipements, ça sera une chose de moins à faire  le lendemain!

Jane et les garçons choisissent les meilleurs vélos avec suspensions arrière et avant, j’opte pour le vélo de deuxième catégorie avec suspension à l’avant et freins hydrauliques.

06H45 le lendemain matin.

Jane et moi arrivons à l’agence où attendent déjà plusieurs petits groupes.

Il y’a un service de navette inclus mais comme nous logeons de l’autre côté de la ville et qu’il ne dessert que le centre de La Paz nous sommes venues par nos propres moyens.

Les guides nous emmène ensuite petit déjeuner dans une restaurant à quelques rues de l’agence. Je suis surprise de remarquer des affichettes en hébreu un peu partout, presque chaque devanture en a au moins une. J’en déduis que le quartier doit être visité par beaucoup d’israéliens et me demande si les boliviens du coins parlent réellement hébreu. Je n’aurais pas le temps de résoudre ce mystère qu’on embarque dans notre mini bus, vélo sur le toit direction « La Cumbre », le point de départ de la descente .

On est prêts!

 

On monte en altitude et la différence de température se fait ressentir, il fait frisquet là haut! Arrivés à La cumbre, 4500M d’altitude tout de même, on s’équipe et on teste nos vélos. Le mien me satisfait, tant mieux parce qu’on va passer les quatre prochaines heures ensemble. Les guides nous donnent les dernières instructions et ….. C’est parti.

 

Notre groupe est varié, il y’a un couple brésilien, un groupe d’israéliens dont un père et son fils, des anglophones (irlandais, australiens..)… A vue de nez la majorité à moins de 30 ans.

La première partie de la descente se fait sur la route, c’est asphalté, en courbe et pas vraiment difficile. ll faut surtout faire attention aux véhicules qui nous doublent ou nous croisent. Malgré la relative facilité de cette première partie, j’assiste à la première chute de la journée : deux cyclistes d’une autre agence se sont apparemment suivis de trop près et ont fini par tâter le bitume, heureusement sans grosse blessure.

 

On fait une pause snack a mi chemin avant d’arriver au départ de la deuxième partie : ici débute la  vraie route de la mort et une pluie fine nous y accueille.

 

Jusque là tout le monde est vivant!

Mais au fait, c’est quoi cette route de la mort?!

La route de la mort, ou route des Yungas, est une route d’une soixante de kilomètres, à flanc de montagne qui permet de relier l’Altiplano et la capitale bolivienne à la région pré-amazonienne des Yungas, 3600m plus bas.

200 à 300 personnes y auraient trouvé la mort chaque année jusqu’à ce que ne soit construite en 2007 une autre route, totalement asphaltée et beaucoup plus sûre. Aujourd’hui le trafic y a nettement diminué  et avec lui le nombre de décès.

Peu à peu le « Camino de la muerte » s’est transformé en attraction touristique et l’on y croise beaucoup plus de touristes en quad ou vtt en quête de sensations fortes que de camionneurs boliviens.

 

La route en soi est parsemée de roches plus ou moins grosses avec lesquelles il faut être vigilant, un léger brouillard enrobe le paysage laissant une impression presque mystique.

La règle : ceux qui descendent roulent à gauche. Ca s’applique à tous les conducteurs, soient ils de deux ou quatre roues. A gauche soit à deux doigts du précipices, glups.

Le chemin est traversé par plusieurs cascades et sur le bas côté,  des croix en hommage à ceux qui y ont laissé la vie. Il ne doit pas faire plus de 4 mètres de large, glups(2).

Les croix sur le bas côté…

 

Au détour d’une des cascades, Jane dérape et chute, heureusement sans gravité. Plus de peur que de mal cette fois-ci :elle se relève et continue la descente, religieusement concentrée sur ses freins.

On fera plusieurs pauses tout au long du parcours. Nous sommes accompagnés de trois guides et deux vans. Les vans ferment la marche, un des guides se chargent de toutes les photos et vidéos pendant que les deux autres mènent les deux groupes.

Plus on descend , plus la température augmente et plus la végétation est luxuriante. A quelques kilomètres de l’arrivée  les moustiques nous souhaitent la bienvenue dans la région des Yungas.

On arrive à Yolosa en début d’après midi, couverts de boue. Après une bonne douche, un bon buffet, une baignade relaxante et une vingtaine de photos devant le panneau « Death Road Survivor » nous remontons dans notre mini bus qui nous ramène vers La Paz.

La nuit est déjà tombée lorsque nous atteignons la capitale bolivienne.

On peut laisser échapper un soupir de soulagement mêlé de satisfaction : on a survécu à la route de la mort!

 

Avec qui partir : basée sur mon expérience, je recommande No Fear Adventure, une agence qui nous a fournie une excellente prestation

 

Combien ça coûte : d’environ 300BS à plus de 1000BS selon l’agence et le type de vélo choisi

 

Quel vélo choisir : beaucoup choisissent le meilleur vélo (avec double suspensions) pour être sûrs de partir avec le meilleur équipement, les doubles suspensions ne sont pas de trop car il est vrai que la route est super caillouteuse. Personnellement j’ai choisi un vélo de seconde catégorie, avec suspension à l’avant uniquement et j’ai adoré ma monture.

 

Amener avec soi : Un legging / pantalon de sport léger pour  pédaler à l’aise, un t-shirt et un sweat que vous enlèverez par la suite : il fait froid au début de la descente mais ensuite on transpire! Une tenue de rechange pour l’après-douche à l’arrivée et un maillot de bain pour ceux qui iront faire trempette.

De l’argent en liquide pour payer l’entrée (25BS).

L’agence est censée vous fournir suffisamment d’eau et de nourriture, mais si vous êtes du genre extra-gourmand, ramenez des encas. Au début de la descente on peut acheter de la nourriture aux stands au bord de la route.

 

Quelques recommandations : même si l’activité est  relativement « sûre », la route de la mort reste dangereuse, en témoigne la mésaventure de mon ami R. par exemple, ou le témoignage de mon autre ami T. qui a vu de ses yeux un minibus et ses passagers plonger au fond du ravin… On n’est pas à l’abri d’une mauvaise chute, et avec la vitesse, les cailloux, le sol mouillé ça peut aller très vite. Sans s’affoler il faut garder en tête le risque auquel on s’expose et réaliser cette descente en connaissance de cause. D’ailleurs l’agence fait signer une décharge avant le départ….

Garder le téléphone ou l’appareil photo dans le van jusqu’à la fin du parcours, ca évite de prendre le risque de l’abimer: En revanche si on est équipé d’une gopro ou caméra similaire c’est le moment de l’utiliser! Elle peut se fixer sur le casque.

2 Responses

  1. WILLIAM Isabelle

    Une inconnue bien connue a contribué à la publication de ces photos sur la route de la mort.Ses cours basiques en informatiques,presque le désespoir d’un colis qui n’arrivera jamais à destination,le temps passé pour la récupération de ces chefs d’oeuvres,les difficultés de connexions:Au final tout cela a porté du fruit pour une bonne restitution!
    Cela valait le coup n’est ce pas?Merci
    Bisous de Mum

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *