Jericoacoara, je-ri, je-pleuré, je-aimé

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Jericoacoara ou Jeri (prononcé, « j’ai ri ») pour les intimes, est un ancien village de pêcheur de la côte du Ceara au nord est du Brésil, enclavé entre dunes et océan. Autrefois tranquille et isolé, c’est aujourd’hui un endroit animé et plébiscité des voyageurs.

Jericoacoara et moi c’est avant tout l’histoire d’une retrouvaille ratée. En 2015 à mon arrivée dans ce pays dont je ne savais pas encore que j’allais tomber amoureuse, je pensais m’y rendre pour visiter mon ami C., un brésilien rencontré à Dublin un an plus tôt. Entre temps C. était retourné se la couler douce à l’ombre inexistante des dunes de Jeri et je m’étais dit que ce serait chouette de partager une caipirinha pour faire suite à la guiness. Alors fraîchement débarquée à Salvador de Bahia, après la meilleure transatlantique de l’univers, je n’avais encore aucune notion des distances en Amérique de Sud. A ce moment là, ma conception européenne des kilomètres se résumait à peu près à « si je conduis plus de 10 heures dans un sens ou dans l’autre, je change forcément de pays ». Allez raconter ça à un brésilien, ça risque de bien le faire rire. Parce que dans un pays grand comme 15 fois la France, en dix heures je n’étais même pas sortie de l’état de Bahia même. Quand je m’en suis rendu compte, effarée, j’ai dû annoncer à C. qu’aussi séduisante que paraisse Jeri (et la caipirinha) ça ne compensait pas les 30 heures de torture sur bitume nécessaires pour y accéder. Le paradis attendra.

Ca a quand même l’air chouette non?

Jericoacoara : enfin!

2017, retour ému au Brésil. Je suis à l’autre bout du pays, littéralement, mais mon objectif est toujours ce petit coin de paradis appelé « Nordeste ».

Le hasard faisant bien les choses, c’est lors d’un crochet par Sao Paulo que je rencontre enfin C. autour d’une capirinha. Mais Sao Paulo n’était pas le petit morceau de bonheur cearense que C. continuait de me vendre, enjoué. Pour ça il me manquait 3 000 petits km. J’ai donc joué une carte magique, j’ai pris l’avion. Un petit coup de moteur à réaction et quelques arrêts plus tard me voilà à Fortaleza, capitale du Ceara. L’idylle n’est plus qu’à une poignée d’heures de route.

Après un stop de quelques jours entre Mundau et Fleixeiras (promis je vous raconte ça bientôt!), c’est avec entrain que j’ai chargé ma carapace de tortue dans une jeep-jardinière à Jijoca,le dernier rempart de la civilisation et du paiement par CB. Entre Jeri et moi il ne restait qu’une heure et demi de traversée de dunes de sable immenses sous un ciel bleu azur.

C’est que le village est situé en plein coeur du parc national du même nom. De ce fait, que l’on y accède par Jijoca, au sud, ou Camocim à l’Ouest, c’est la même peine pour tout le monde : traversée de dunes enchanteresses  Un avant-goût du paradis en somme.

L’arrivée à Jericoacoara a été ponctuée… de retrouvailles ratées, encore elles. Il y’a des choses qui ne changent pas… mais comme l’univers est fait d’équilibres, aux retrouvailles ratées se sont substituées bien vite les rencontres réussies.
C’est donc en compagnie d’un groupe d’argentins  loufoques, d’allemandes et de brésiliennes adorables que j’ai profité pendant 4 jours des beautés de Jericoacoara.

Coucher de soleil en famille sur la dune du Pôr do Sol – AthousandSmilesAway

 

Que faire à Jericoacoara?

La beauté de Jericoacoara ce sont ses couchers de soleil merveilleux sur la dune du Pôr do sol où se réunissent presque religieusement chaque soir locaux et touristes pour observer l’astre Soleil disparaître à l’horizon.Lorsque l’imposante boule de feu lumineuse s’éteint derrière la ligne bleu foncée de l’océan, une clameur et des applaudissement s’élèvent : c’est un jour de plus qui s’achève au paradis. L’obscurité amène avec elle d’autres clameurs : celles des berimbau et des chants rythmés de la capoeira. La nuit vient de commencer et sur la plage principale un petit attroupement de plus en plus en dense se forme autour de la ronda de capoeirista. Bientôt le son des basses des hauts parleurs remplacement la mélodie des berimbaus: quelques heures plus tard, arrosée de cachaça, la fête bat son plein.

Lorsque l’astre solaire refait surface, les artères principales du petit village sont pleines de buggys parés à l’excursion.
Les deux grosses visites proposées à la journée sont Lado Leste et Lado Oeste.

A bord de notre buggy – AthousandSmilesAway

On a choisi de faire Lado Oeste, notamment parce qu’on trouvait les activités proposées plus variées mais aussi car deux des grandes attractions du Lado Leste (Laguna Paraiso et la Pedra Furada) valent le coup « à part ».

 

Dans la journée on a donc traversé le fleuve Camocim sur une barque en bois, été voir les hippocampes (les guides étaient super respectueux de ces petits animaux, ça fait plaisir), été se balancer entre les arbres secs de Mango Seco, descendu « com emoçaõ »  et sur les fesses la dune du Funil, et admirer la Lagoa da Torta et Tatajuba.

On est revenu juste à temps à Jericoacoara pour marcher jusqu’à la Pedra Furada et y voir le coucher de Soleil. A une certaine période de l’année, il passe juste au centre de ce rocher emblématique de Jeri. L’engouement pour la photo parfaite est alors tel que le moment se transforme en véritable show. Les touristes s’attroupent face à la scène, agenouillés ou à demi debouts les uns sur les autres chacun essayant de trouver sa place. La règle implicite est que personne ne doit passer au milieu pour gâcher les photos : le selfie parfait est sacrifié au nom de l’intérêt collectif et gare aux contrevenants qui se font copieusement sifflés et hurler dessus. Je-ri, beaucoup.

Pedra furada à Jericoacoara – AthousandSmilesAway

Le charme de Jericoacoara, c’est l’atmosphère de petit village qui a su y être préservée : les rues principales sont exclusivement piétonnes et non pavimentées (il y’a un parking obligatoire à l’entrée du village), l’éclairage public est absent remplacé par le soin que prennent les commerces à illuminer la nuit.  Le truc cool de Jericoacoara c’est aller réserver ses pains aux chocolats au boulanger (français bien sûr) pour être sûr d’en avoir en fin d’après-midi. Le fun à Jericoacoara c’est s’essayer au kite surf et aller danser du forro chez Dona Amelia dans la même journée.

Kite surfers à Jericoacoara – AthousandSmilesAway

 

Cocktail d’émotions à la Cearense

Ma dernière nuit à Jericoacoara a été extraordinaire. D’une extraordinaire simplicité. Avec les copains on avait passé la journée à la plage (depuis le centre on  peut rejoindre à pieds la plage principale ou celle de Malhada un peu plus loin). En fin d’après-midi on avait suivi la foule, gravi les quelques mètres de la Dune du Pôr do Sol et on s’était installés confortablement face à la mer. On a regardé le soleil nous saluer, pendant que le vent nous rappelait malicieusement qu’on était bel et bien assis sur une montagne de sable. On l’a applaudi respectueusement et puis on est resté là, alors que tout le monde s’en allait.

Pourquoi partir si vite si on avait du maté, de la musique et plein de choses à se dire?

Le ciel s’est assombri. Une à une les étoiles sont apparues, pendant que les vagues qui s’écrasaient sur la base de la dune faisaient un singulier bruit de missile. On avait la dune pour nous. On avait l’univers pour nous.
Les derniers rayons du soleil ont cessé de luire, la voie lactée s’est dévoilée… juste au dessus de la dune. Juste au dessus de nos têtes. Un classique italien a raisonné dans le haut parleur et on a tous cessé de parler, trop occupés à contempler ce qui nous entourait. C’était un moment inoubliable.
Ce genre de moments spéciaux où on sent que le temps s’est arrêté, que la force de l’instant nous emporte, qu’on se retrouve soudain face à un assourdissant silence, à une nuit un peu trop illuminée. Ce genre de moment irréel où on pourrait éclater de rire, expulser bruyamment tout l’air de nos poumons, sauter et courir partout, tout ça à la fois, on pourrait le faire…. intérieurement. Extérieurement on reste juste assis-là, avec un sourire béat et une goutte d’eau salée qui parcourt lentement la courbe de notre joue. Je-pleuré.

A Jericoacoa, j’ai ri, j’ai pleuré. Jericoacoara, je-aimé. C’est peut être ça la définition des paradis : ces endroits incroyables, d’une beauté infinie que complètent l’intensité des moments partagés.
J’espère que vous y rirez aussi.


JERICOACOARA EN PRATIQUE

S’y rendre

Depuis Fortaleza : Bus de la compagnie Fretcar jusqu’à Jijoca (deux bus, un vers 7h et un vers 14h) puis Jeep-jardinière de Jijoca a Jericoacoara.

Depuis le nord (São Luis etc..) il faut rejoindre Camocim (puis jeep jusqu’à Jeri) ou Jijoca. J’ai fait le trajet inverse de Jijoca à barreirinhas : Jeri->Jijoca en jardinière, Jijoca->Camocim (en bus) Camocim->Parnaiba (en bus avec la compagnie Guanabara), Parnaiba-Tutoia-Paulino Neves-Barreirinhas en Jeep-jardinière : c’est long mais largement faisable. Si possible prévoir une pause à Parnaiba (il y’a encore des dunes à y voir et un delta sympa).

S’y loger

Hostel Jeri Central, bien situé, propre, avec piscine et petit déjeuner

A noter  il n’y a pas de banques ni de distributeurs de billets. Pensez donc à ramener le cash nécessaire, en cas d’urgence le supermarché de la rue principale propose contre commission (élevée!) d’échanger espèces contre paiement par carte.

 

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